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22/02/2016

Il était un capitaine, de Bertrand Solet

L’affaire Dreyfus racontée aux jeunes

Il était un capitaine

Il était un capitaine fut publié au début des années soixante-dix, dans une collection pour la jeunesse. Aujourd’hui réédité, ce livre raconte, sous forme de fiction, les différents épisodes de l’affaire Dreyfus. La peinture de l’époque est particulièrement réussie. Le lecteur comprend mieux comment, de bonne foi, de nombreux contemporains crurent en la culpabilité du capitaine.

            Dans Il était un capitaine, Bertrand Solet remonte aux sources de l’affaire Dreyfus ; il écrit : « Certains ont dit que tout avait commencé, en fait, le 23 septembre 1894, aux abords de la chapelle Sainte-Clotilde, à Paris. » Ce jour-là, la nommée Marie Bastian, femme de ménage à l’ambassade d’Allemagne, avait rendez-vous avec le commandant Henry, l’un des chefs du service « section des statistiques, rattachée au deuxième bureau » de l’Etat-major de l’armée. En clair, le commandant Henry était l’un des chefs du contre-espionnage. Marie Bastian lui remit un certain bordereau trouvé dans une corbeille à papier de l’ambassade. Henry fit ensuite son rapport à son supérieur hiérarchique, le colonel Sandherr, chef de la section des statistiques. Ledit bordereau était un document de la plus haute importance, il constituait la preuve qu’un officier de l’Etat-major livrait des secrets à l’Allemagne. Une enquête discrète fut confiée au commandant du Paty de Clam, qui, en étudiant les écritures, eut vite fait de démasquer le coupable : le capitaine Alfred Dreyfus, stagiaire à l’Etat-major. Dreyfus eut beau clamer son innocence, il fut confondu, arrêté et mis au secret. L’affaire, rondement menée, trouvait rapidement sa conclusion. En fait, elle ne faisait que commencer.

     Il était un capitaine, Bertrand Solet       Chapitre après chapitre, Bertrand Solet fait revivre les épisodes successifs de l’Affaire : la condamnation de Dreyfus par un conseil de guerre, sur la foi d’un dossier secret ; sa déportation à l’île du Diable ; la fabrication de fausses preuves contre lui ; la campagne de presse en sa faveur ; la cassation et l’annulation du procès ; la tenue d’un second conseil de guerre, qui, lui aussi, prononce sa condamnation ; et puis, sa réhabilitation. Les personnages de l’Affaire sont nombreux, ce qui demande au jeune lecteur un effort d’attention. Pour rendre le récit plus fluide, Bertrand Solet a inventé le personnage de Maxime Dumas, un jeune journaliste chargé de couvrir l’affaire Dreyfus.

            La peinture de l’époque est particulièrement réussie. Dans les années 1890, la IIIe République est bien jeune et mal assurée. Une restauration monarchique n’est pas à exclure. L’armée est toute puissante et occupe la première place dans le cœur de la nation, car c’est elle qui a la responsabilité de préparer la revanche contre l’Allemagne. Dans ces circonstances, le ministre de la Guerre est quasi-systématiquement un militaire. En 1894, il s’agissait du général Mercier, un républicain, qui ne tarda pas à être convaincu de la culpabilité de Dreyfus et qui devint son principal accusateur. Dans ses dires, il fut appuyé par le général de Boisdeffre, chef d’Etat-major général de l’armée, qui ferma les yeux sur les agissements du commandant Henry, alors que ce dernier était un faussaire, grand spécialiste de la fabrication de faux documents. A partir de deux brouillons de vraies lettres et en y insérant quelques mots supplémentaires bien choisis, il se révéla capable de fabriquer une lettre, fausse celle-là, établissant la culpabilité de Dreyfus ; cette lettre fut appelée le faux Alexandrine. Henry n’était certes pas un homme recommandable, mais comme l’écrit Solet, « un service de renseignement n’est jamais un endroit très propre ».

            Dans ces conditions, on comprend mieux comment, de bonne foi, de nombreuses personnes furent convaincues de la culpabilité de Dreyfus. Tous les éléments portés à la connaissance du public allaient dans le sens de sa culpabilité. Le général Mercier martelait : « Il existe des charges accablantes contre le capitaine. La culpabilité est certaine. » Jean Jaurès lui-même trouva trop clément le jugement du premier conseil de guerre, condamnant Dreyfus à la déportation. Par la suite, il se ravisa et devint un Dreyfusard de premier plan. Par ailleurs, l’antisémitisme était tellement répandu et diffus à travers la nation que Dreyfus faisait un coupable idéal.

A la manière de Balzac, Solet entend dissiper

les ténèbres de l’Affaire

            Un homme fit beaucoup pour établir l’innocence de Dreyfus ; cet homme est au centre du récit, c’est le lieutenant-colonel Picquard. Picquard succéda au colonel Sandherr à la tête du service des statistiques. Convaincu lui aussi de la culpabilité du capitaine, il fut chargé par ses supérieurs de rassembler de nouvelles preuves. Il se plongea dans le dossier, examina les pièces et se rendit compte que certaines d’entre elles étaient fausses. Il confondit le faussaire, son subordonné Henry, et démasqua le véritable traitre à la patrie, le commandant Esterhazy. Picquard présenta les résultats de son enquête au général de Boisdeffre. Mais au lieu de lui donner raison, Boisdeffre lui ordonna de garder le silence. Picquard, étant honnête avant tout, refusa de se taire. Avant qu’un scandale n’éclate, il fut muté en Afrique du Nord, dans une contrée dangereuse, ses supérieurs caressant l’espoir qu’une balle perdue le ferait taire définitivement.

            Par ailleurs, Solet montre bien comment le commandant Esterhazy, un être impudent sans foi ni loi, fut soutenu par l’Etat-major, qui l’aida secrètement dans sa défense et dans sa fuite. Il faut dire qu’Esterhazy pensait tenir l’Etat-major à sa merci, il le menaçait régulièrement de révélations qui pourraient être embarrassantes pour les chefs.

            Lorsque l’Affaire éclata, il y eut, semble-t-il, un homme qui, d’emblée, ne crut pas en la culpabilité de Dreyfus. Cet homme, écrit Solet, c’est le généralissime Saussier, gouverneur militaire de Paris, le plus haut chef de l’armée. Devant le président de la République, il eut alors cette phrase sibylline : « Cet imbécile de Mercier s’est encore mis le doigt dans l’œil. » Pourtant le général Saussier ne fit aucune démarche en faveur de Dreyfus.

            Dans cette affaire, il reste bien des zones d’ombre. A la fin du livre, tel Balzac dans Une ténébreuse affaire, Bertrand Solet entend faire la lumière sur l’Affaire Dreyfus en dissipant les ténèbres qui la couvrent. Il éclaire les zones d’ombre en faisant sienne la thèse jadis défendue par l’historien Henri Guillemin. Cette thèse, dans le style « complotiste », est contestée par nombre de spécialistes, mais elle est passionnante à connaître.

 

Il était un capitaine, de Bertrand Solet, 1971, collections Plein Vent (épuisé) et Le Livre de Poche.

15/02/2016

La Recherche de l'absolu, de Balzac

Le monomaniaque à la passion dévorante

La Recherche de l’absolu

A Douai, un notable, Balthazar Claës, se livre à des expériences de chimie dans son laboratoire. Cet homme est à la recherche de l’absolu, qui lui apportera gloire et fortune. Il ne fait plus attention ni à sa femme, ni à ses enfants, ni au monde qui l’entoure, et ne s’intéresse plus qu’à ses expériences. Le portrait que fait Balzac de cet être monomaniaque est remarquable.

            Dès la première page du roman, Balzac informe le lecteur qu’il ne le fera pas entrer tout de suite dans l’action. Il va d’abord lui infliger des pages d’exposition, que, déjà à l’époque, certains critiques trouvaient fastidieuses. Et Balzac de se justifier en évoquant « la nécessité de ces préparations didactiques contre lesquelles protestent certaines personnes ignorantes et voraces qui voudraient des émotions sans en subir les principes générateurs, la fleur sans la graine, l’enfant sans la gestation. » Le lecteur est donc prié de se montrer patient dans sa lecture des pages d’exposition, qui peuvent paraître longues et ardues. Mais ensuite, il se félicitera de s’être montré patient, tant il finira par s’attacher aux personnages et à l’histoire.

      La Recherche de l'absolu, balzac, la comédie humaine      A Douai, monsieur Balthazar Claës-Molina de Nourho, qui se fait tout simplement appeler Balthazar Claës, appartient à l’une des plus vieilles familles de la ville. En 1812, il est âgé d’une cinquantaine d’années et a tout pour être heureux : une femme aimante, de beaux enfants et de l’argent. Pourtant, depuis trois ans, il a beaucoup changé. Alors qu’il était auparavant un caractère noble et attentionné, il s’est renfermé sur lui-même. Il passe l’essentiel de ses journées à l’intérieur du laboratoire qu’il s’est aménagé dans sa vaste demeure. Il ne prend même plus soin de lui-même, nous dit Balzac : « Ses mains poilues étaient sales, ses longs ongles avaient à leurs extrémités des lignes noires très foncées. »

            Devenu très distrait comme le sont bien des savants, Balthazar ne s’aperçoit pas de sa crasse, pas plus qu’il ne se rend compte de la présence de sa femme et de ses enfants, ou qu’il n’a conscience qu’il est en train de brûler dans ses expériences la fortune de la maison Claës. Tout son esprit est tourné vers les travaux de chimie qu’il mène dans son laboratoire. Depuis plusieurs années maintenant, il s’est lancé dans la recherche de l’absolu : « une substance commune à toutes les créations, modifiée par une force unique. » Plus concrètement, il mène des expériences qui le conduisent à décomposer le diamant, pour en avoir le secret et en fabriquer ensuite. Or il est sur le point d’aboutir. Plein d’enthousiasme, il s’en ouvre à sa femme Joséphine, qui commençait d’être inquiète de tout cet argent dépensé en vaines expériences. Il veut lui faire partager sa joie et lui déclare : « Mais demain, mon ange, notre fortune sera peut-être sans bornes. Hier en cherchant des secrets bien plus importants, je crois avoir trouvé le moyen de cristalliser le carbone, la substance du diamant. O ma chère femme !... dans quelques jours tu me pardonneras mes distractions. » Régulièrement, Balthazar est sur le point de conclure brillamment sa série d’expériences. Ainsi, quelques temps plus tard, à nouveau il se montre plein d’enthousiasme et dit à sa femme : « Je n’osais te dire qu’entre l’absolu et moi, à peine existe-t-il un cheveu de distance. » Et, encore un autre jour, il déclare que « dans six semaines tout sera fini ! » Il lui suffirait d’un rien pour atteindre le résultat escompté. Mais, en attendant, il lui faut encore disposer de numéraire pour financer ses ultimes expériences. C’est ainsi qu’il aliène la fortune de sa famille au profit d’une chimère.

Balthazar se montre séduisant comme le serpent,

pour extorquer de l’argent à ses proches

            Les intentions de Balthazar sont nobles, il veut donner à sa famille gloire et fortune. Mais, comme le fait remarquer Marthe, sa bonne, « il est possédé par le démon, cela se voit ! » Et, après tout, il est bien connu que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Entièrement centré sur lui-même et ses expériences, Balthazar se coupe progressivement du monde extérieur. Il est devenu monomaniaque. Seule la recherche de l’absolu stimule son cerveau. Il ne s’intéresse à rien d’autre. Même les graves événements politiques de l’époque ne retiennent pas son attention. En 1812, la Retraite de Russie le laisse complètement indifférent. Ainsi que l’écrit Balzac : « il n’était ni mari, ni père, ni citoyen, il fut chimiste. »

            Par contraste, dans cette histoire, les femmes se montrent admirables. Joséphine est parfaitement lucide sur l’état de son mari et déplore sa monomanie. Elle le met en garde en lui disant que, par ses expériences, il poursuit l’impossible. Cependant elle accepte de le voir engloutir la fortune de la famille. Son amour pour son mari est tel, qu’elle finira par se sacrifier entièrement à lui. Peut-être plus admirable encore est leur fille Marguerite, une jeune femme digne, réfléchie et volontaire, qui aime tellement son père qu’elle voudrait le voir revenir à la raison. Mais la voie est étroite, car il est devenu un être redoutable. Il flatte autrui et se montre séduisant comme le serpent, pour extorquer de l’argent à ses proches. Et s’ils refusent, il se raidit et les accuse d’être égoïstes, alors que lui ne l’est pas, car, comme il le souligne lui-même, « il travaille pour l’humanité ».

            Comme souvent chez Balzac, il est beaucoup question d’argent et les notaires sont de la partie. Mais ce qui fait l’originalité de l’histoire, c’est le portrait que fait Balzac d’un monomaniaque dévoré par sa passion, tel qu’on en trouvera plus tard dans l’œuvre de Stefan Zweig. A cela s’ajoutent les peintures de femmes amoureuses, l’une de son mari, l’autre de son père, qui sont aussi très réussies.

 

La Recherche de l’absolu, de Balzac, 1834, collection Folio.

11/01/2016

Le Joueur, de Dostoïevski

Récit d’une addiction

Le Joueur

Pour savoir à quoi ressemble l’addiction au jeu dont peuvent être victimes les clients des casinos, il n’est pas besoin de lire une savante étude, il suffit de lire Le Joueur, de Dostoïevski. On y voit le narrateur tomber dans la dépendance et ne plus s’intéresser à rien, « hors gagner au jeu ».

            L’histoire se passe à Roulettenbourg la bien nommée, une ville d’eau imaginaire, située en Allemagne, qui possède un casino. Le personnage principal, Alexis Ivanovitch, est le précepteur du « général », un veuf de cinquante-sept ans, dont le nom de famille n’est pas mentionné. Le général est très endetté, il a hypothéqué son domaine auprès du marquis Des Grieux, un aristocrate français. Pour redresser sa situation, il ambitionne de se remarier avec mademoiselle Blanche de Cominges, une jeune femme proche du marquis. Et surtout, il attend avec impatience le décès de celle qui est appelée, dans le roman, « la grand-mère », mais qui est en réalité la tante du général. La grand-mère est âgée et malade, et, le jour où le général recevra le télégramme annonçant son décès, il héritera de son immense fortune. Il pourra alors rembourser Des Grieux et épouser Melle Blanche, qui, tous les deux, viennent de le rejoindre à Roulettenbourg.

      Le Joueur, Dostoïevski      Mais, comme souvent dans la vie, les choses ne vont pas se passer comme prévu. Un lieu va être le théâtre de bien des événements, c’est le casino de Roulettenbourg. Le lecteur qui n’est jamais allé au casino de sa vie est au même niveau de connaissance qu’Alexis au début du roman. Dans un premier temps, pour ses débuts au casino, Alexis, qui sert de narrateur au récit, observe les autres joueurs et ne mise que des petites sommes : « On s’écrasait dans les salles de jeu. Ils sont tous si impudents, si avides ! Je me faufilai vers la table centrale et me plaçai à côté du croupier. Je me mis à tâter à la roulette, timidement, en ne risquant que deux ou trois pièces à la fois. Entre-temps, j’observais et je notais. » Et Alexis, par son observation, découvre que le hasard n’a pas de mémoire : « C’est vraiment curieux. Tel jour, il arrive, par exemple, que rouge alterne avec noir à chaque instant, sans régularité, de telle sorte que rouge ou noir ne sortent pas plus de deux, trois fois de suite. Mais le lendemain matin, ou le soir même, rouge sort sans discontinuer, jusqu’à vingt-deux fois de suite ; et ainsi pendant un certain temps, voire toute une journée. »

            Quelques jours plus tard, un fait inattendu bouleverse les plans établis par le général ; la grand-mère, que l’on croyait mourante, débarque à l’impromptu. Les pages les plus réussies du roman sont celles consacrées au séjour de la vieille dame à Roulettenbourg. Elle est, dit Des Grieux, « rétive, autoritaire et tombée en enfance ». Tout le monde la craint et tremble devant elle, notamment son neveu de général qui a peur de perdre son héritage. Une fois arrivée à Roulettenbourg, elle a hâte de découvrir le casino dont on lui a tant parlé. C’est Alexis qui lui sert de guide. Elle décide de jouer… et elle gagne ! Mais, au lieu de se satisfaire de son gain, elle déplore de ne pas avoir misé davantage et s’en prend à Alexis : « Tu vois, tu vois, nous avons gagné, mais, si au lieu de dix florins, nous en avions placé quatre mille, nous aurions reçu quatre mille florins, tandis que maintenant… Et c’est tout de ta faute, oui, de ta faute ! »

La grand-mère reste sept à huit heures d’affilée

à la table de jeu sans quitter son fauteuil

            Quand elle perd, la vieille dame reste à la table dans l’espoir de « se refaire » ; et quand effectivement elle se reprend à gagner, elle est requinquée et n’a plus de raison de s’arrêter dans son élan, tant que la chance lui sourit. Alexis n’en revient pas : « Je fus stupéfait qu’elle eût pu rester sept à huit heures d’affilée dans son fauteuil sans s’éloigner de la table, mais Potapych [son serviteur] me dit que, par trois fois, elle avait recommencé à gagner de très fortes sommes : régénérée par un nouvel espoir, il n’était plus question qu’elle quittât le jeu. » En quelques jours, la grand-mère brûle une bonne partie de la fortune dont le général espérait tant hériter. Le général croit devenir fou, mais, comme le lui fait remarquer la grand-mère, l’argent qu’elle perd est le sien : « Qu’est-ce que ça peut vous faire ? C’est mon argent que j’ai perdu, pas le vôtre ! »

            Alexis lui-même prend goût au jeu, d’autant plus qu’il a tendance à gagner. C’est le début de la dépendance dans laquelle il finit par tomber. On peut supposer que son état nerveux le prédisposait à un tel dérèglement. Lui-même a conscience de son état : « Ces derniers temps, depuis deux ou trois semaines, je ne me sens pas bien : je suis malade, nerveux, irritable, fantasque et parfois, dans certaines circonstances, il m’arrive de perdre tout contrôle sur moi-même. » Il parle de son « état d’énervement indescriptible », et reconnaît avoir été « comme ivre ». Dans le roman, Alexis se montre bavard et s’enivre de paroles, comme, par la suite, il s’enivre au jeu. Une fois au casino, il ne sait plus se maîtriser : « Dès que je m’approche de la roulette, je puis encore en être séparé par d’autres salles, au seul tintement des pièces qui s’entrechoquent en roulant, je suis presqu’en transe ! »

            Le jeu devient l’obsession d’Alexis qui est gagné par une espèce d’exaltation. Il a renoncé à tout et ne s’intéresse plus à rien, « hors gagner au jeu ». La fièvre du jeu s’est emparé de lui et l’a transformé en un être monomaniaque.

            Le Joueur n’est peut-être pas le grand roman qu’il eût pu être. Il est d’ailleurs assez court pour un Dostoïevski, avec moins de deux-cents pages dans l’édition de la collection Le Livre de poche. Les chapitres consacrés à la dépendance dans laquelle est tombé Alexis eussent pu être plus développés. En revanche, tout ce qui concerne la grand-mère est piquant et mordant, voire drôle.

            Ce roman constitue un document de première importance pour comprendre le monde du casino et les mécanismes qui peuvent rendre un joueur dépendant et le conduire à sa perte.

 

Le Joueur, de Dostoïevski, 1866, collection Le Livre de Poche